IA : pourquoi certaines entreprises captent l’essentiel du retour sur investissement ?

L’intelligence artificielle est désormais partout dans les discours d’entreprise. Elle est testée, commentée, intégrée dans des outils métiers, présentée comme un levier de productivité majeur. Pourtant, une question demeure centrale pour les dirigeants : où est le retour sur investissement ?

La nouvelle étude mondiale de PwC, Want ROI from AI? Go for growth, apporte un éclairage particulièrement utile. Menée auprès de 1 217 dirigeants issus de 25 secteurs, elle montre que la valeur créée par l’IA est aujourd’hui très fortement concentrée : 20% des entreprises captent 74% des gains économiques générés par l’IA.

Autrement dit, l’enjeu n’est plus seulement d’“utiliser” l’IA. Il est de savoir pourquoi certaines entreprises transforment cette technologie en avantage compétitif, quand d’autres restent au stade de l’expérimentation.

 

Le ROI de l’IA ne vient pas seulement de la productivité

Le premier enseignement de l’étude PwC est clair : les entreprises les plus performantes ne se contentent pas d’utiliser l’IA pour réduire leurs coûts ou accélérer des tâches existantes.

Elles l’utilisent comme un levier de croissance.

Selon PwC, les entreprises les plus matures obtiennent des gains de revenus et d’efficacité liés à l’IA 7,2 fois supérieurs aux autres. Leur différence ne réside donc pas seulement dans le nombre d’outils déployés, mais dans la façon dont l’IA est reliée à la stratégie de l’entreprise.

Ces entreprises orientent l’IA vers trois objectifs :

  • Améliorer l’efficacité opérationnelle,
  • Accélérer la prise de décision,
  • Identifier de nouvelles offres, de nouveaux marchés ou de nouveaux modèles économiques.

C’est un point essentiel : l’IA crée de la valeur lorsqu’elle est pensée comme un outil de transformation, et non comme une simple couche technologique ajoutée à l’existant.

Les entreprises les plus avancées ne “testent” pas l’IA : elles l’organisent

Beaucoup d’entreprises disposent aujourd’hui de pilotes IA : assistants internes, génération de contenus, analyse de documents, automatisation partielle de processus, aide à la décision.

Mais PwC montre que les entreprises les plus performantes vont plus loin. Elles construisent ce que l’étude appelle une “AI fitness”, c’est-à-dire une capacité organisationnelle à déployer l’IA de manière fiable, mesurable et répétable.

Cette maturité repose notamment sur :

  • Une stratégie IA reliée aux priorités business
  • Des cas d’usage priorisés selon leur impact économique
  • Une gouvernance claire
  • Des données de qualité
  • Des infrastructures adaptées
  • Des équipes formées
  • Des processus repensés avant d’être automatisés.

Le point est décisif pour les dirigeants : le ROI de l’IA ne dépend pas d’abord de la puissance du modèle utilisé. Il dépend de la capacité de l’entreprise à transformer ses processus, ses compétences et ses modes de décision autour de cas d’usage concrets.

Le vrai risque : multiplier les outils sans transformer l’organisation

L’étude PwC met en évidence un écueil fréquent : l’empilement d’initiatives IA sans architecture d’ensemble.

Une entreprise peut tester plusieurs solutions, équiper certains collaborateurs, lancer des expérimentations prometteuses, sans pour autant générer de gains mesurables à grande échelle.

Pourquoi ? Parce que l’IA ne produit un effet durable que lorsqu’elle est intégrée dans les workflows réels de l’entreprise.

Prenons un exemple simple : installer un chatbot à côté d’un service client peut améliorer ponctuellement la productivité. Mais repenser l’ensemble du processus de traitement des demandes, intégrer l’IA dans le système de ticketing, automatiser les demandes simples, réserver les cas complexes aux experts et suivre les indicateurs de qualité permet de changer d’échelle.

C’est cette logique de transformation des processus qui distingue les entreprises les plus performantes.

L’IA devient un sujet de direction générale

L’un des apports majeurs de l’étude est de replacer l’IA au bon niveau : celui de la direction générale.

L’IA n’est plus seulement un sujet de DSI, d’innovation ou de transformation digitale. Elle touche désormais aux décisions les plus structurantes de l’entreprise :

  • Quels marchés voulons-nous conquérir ?
  • Quelles offres devons-nous créer ou repositionner ?
  • Quels processus devons-nous réinventer ?
  • Quelles décisions peuvent être automatisées ?
  • Quelles données devons-nous fiabiliser ?
  • Quelle gouvernance devons-nous instaurer ?
  • Quels risques devons-nous maîtriser ?

Les entreprises leaders traitent l’IA comme un portefeuille d’investissement. Elles financent davantage leurs projets IA, mais surtout elles réallouent rapidement les ressources vers les initiatives qui produisent réellement de la valeur.

L’étude souligne ainsi que les entreprises les plus avancées investissent 2,5 fois plus que les autres dans l’IA. Mais la différence ne tient pas uniquement au montant investi : elle tient à la discipline stratégique avec laquelle ces investissements sont pilotés.

La gouvernance n’est pas un frein, mais une condition d’accélération

Un autre enseignement important concerne la gouvernance. Contrairement à une idée reçue, les entreprises les plus avancées ne sont pas celles qui contournent les sujets de risque, de conformité ou de confiance. Ce sont au contraire celles qui les structurent.

Dans son étude, PwC montre que les leaders de l’IA sont davantage dotés de cadres de responsabilité, de comités de gouvernance transverses, de contrôles d’accès aux données et de processus de conformité adaptés.

Cette gouvernance leur permet d’aller plus vite, car les règles sont claires. Les équipes savent ce qui peut être automatisé, ce qui doit être validé, ce qui relève d’un usage à faible risque et ce qui nécessite une supervision renforcée.

La confiance devient donc un facteur de performance. Sans confiance dans les données, dans les outils et dans les usages, l’adoption reste limitée. Avec une gouvernance solide, l’entreprise peut passer du pilote à l’échelle.


Pour les PME et ETI françaises, l’enjeu est maintenant de transformer l’intuition en feuille de route

Ce constat résonne fortement avec la situation française. Selon Bpifrance Le Lab, 58% des dirigeants de PME et ETI considèrent l’IA comme un enjeu de pérennité à moyen terme. Mais seuls 32% l’utilisent aujourd’hui, et 43% ont formalisé une stratégie IA.

Il existe donc un écart important entre la prise de conscience et la mise en œuvre.

Cet écart est compréhensible. Beaucoup de dirigeants perçoivent l’importance de l’IA, mais se heurtent à des questions très concrètes : par où commencer ? Quels usages prioriser ? Faut-il acheter une solution existante ou développer un outil spécifique ? Comment embarquer les équipes ? Comment sécuriser les données ? Comment mesurer le retour sur investissement ?

La réponse n’est pas de lancer des expérimentations dans tous les sens. Elle est de construire une feuille de route progressive, centrée sur les priorités de l’entreprise.

Passer de l’expérimentation à la création de valeur

L’étude PwC invite les dirigeants à changer de question.

La question n’est plus : “Faut-il utiliser l’IA ?”.

Elle devient : “Comment faire de l’IA un levier mesurable de performance, de croissance et de transformation ?”

Pour y répondre, trois priorités se dégagent.

Premièrement, identifier les cas d’usage à fort impact économique. Tous les usages ne se valent pas. L’enjeu est de cibler les processus ou les décisions où l’IA peut réellement améliorer la vitesse, la qualité, la marge ou l’expérience client.

Deuxièmement, bâtir les fondations nécessaires : données, compétences, gouvernance, outils, sécurité, indicateurs de performance. Sans ces fondations, l’entreprise risque de multiplier les pilotes sans jamais industrialiser les gains.

Troisièmement, relier l’IA à la stratégie de croissance. Les entreprises qui capteront le plus de valeur ne seront pas seulement celles qui réduiront leurs coûts. Ce seront celles qui utiliseront l’IA pour repenser leur offre, leur modèle économique et leur positionnement sur leur marché.

L’IA comme test de maturité stratégique

Le principal enseignement de l’étude PwC est finalement simple : l’IA agit comme un révélateur de maturité stratégique.

Les entreprises qui disposent déjà d’une vision claire, de données structurées, d’une gouvernance solide et d’une capacité d’exécution rapide sont mieux placées pour capter la valeur.

Les autres peuvent évidemment rattraper leur retard. Mais elles doivent éviter un piège : croire que l’achat d’un outil suffira à produire une transformation.

L’IA ne remplace pas la stratégie. Elle l’amplifie.

C’est pourquoi les dirigeants doivent désormais traiter l’IA non comme un projet technologique isolé, mais comme un sujet de compétitivité, de gouvernance et de croissance.

Les entreprises qui se limiteront aux gains de productivité progresseront. Celles qui utiliseront l’IA pour repenser leur modèle économique pourront, elles, changer de dimension.

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